Drame HistoriqueRéalisé par Tony Gatlif
Avec Marc Lavoine, Marie-Josée Croze, James Thiérrée, Carlo Brandt…
Durée : 1h51
Site Internet : www.libertelefilm.com
Une famille tsigane essaie d'échapper aux persécutions en se sédentarisant dans un village… Les "gens du voyage" ont payé un terrible tribu lors de la seconde guerre mondiale. Une extermination oubliée que Tony Gatlif fait revivre par une histoire simple et bouleversante. Un film fort, juste et important.
Venu de nul part, des caravanes de tsiganes traversent la forêt. C'est la guerre, et le danger est partout, alors chacun est aux aguets. Et ils ont tôt fait de remarquer qu'on les suit. La menace n'est qu'un petit garçon pouilleux de 9 ans, P'tit Claude. Les tziganes l'emmènent avec eux jusqu'au but de leur voyage : un village où ils ont l'habitude de faire les vendanges, de refaire les chaises, d'aiguiser les couteaux. Mais le village est en zone occupée, et les lois de Vichy ont tout changé. Les nomades sont traqués, menacés d'être enfermé dans des camps. Théodore, vétérinaire et maire du village, va d'abord recueillir P'tit Claude, avant d'affronter les habitants en voulant sauver les tsiganes. Avec l'aide de Mademoiselle Lundi, l'institutrice, il va tout mettre en œuvre pour aider ces voyageurs libres à échapper à la gestapo. D'abord en essayant de scolariser les enfants, puis en les faisant propriétaires d'une maison du village…Tony Gatlif est un cœur qui bat pour les siens, et quelque soit la forme que prend son film, sa caméra est toujours animée de cette sincérité, de cet amour absolu qui nous ouvre un monde sans frontière au lieu de le réduire à une communauté. Avec Liberté, Gatlif remonte l'Histoire dans ses heures les plus noires et raconte les persécutions de la Seconde Guerre Mondiale, loin des champs de bataille, au cœur d'un petit village où se jouent toutes les haines, toutes les défiances. Gatlif a toujours voulu raconter "Samudaripen" : le génocide des roms. L'extermination de 250 à 500.000 roms dont il ne reste que très peu documents, et qui est encore victime d'un inexplicable mépris jusque dans les manuels scolaires. Il fallait reconstituer sans figer, redonner vie à une Histoire disparue, raconter sans accuser, et surtout replacer l'âme tsigane dans cette horreur. Méticuleux et conscient de l'importance de son travail, après un long travail de recherche, Tony Gatlif y est parvenu avec un film sobre, intense, porté par des acteurs remarquables, amateurs ou professionnels, un récit à la portée de tous les publics, émaillé de scènes d'une intensité poignante.
Les acteurs tsiganes sont Albanais, Kosovars, Georgiens, ou viennent d'un camp de Transylvanie, mais l'audace du réalisateur est d'avoir confié l'âme tsigane, l'incarnation de la liberté qu'est Taloche, grand enfant musicien et rêveur à James Thiérrée. Violoniste, danseur, acrobate, sa présence est d'une légèreté étonnante. Pour aider les tsiganes, deux Justes vont tout affronter : le maire, celui qui incarne traditionnellement le pire ennemi des gens du voyage, et l'institutrice, l'incarnation de la République. Marie-José Croze est parfaite en instit' héroïque, et Marc Lavoine, comme sorti d'une photo d'époque, signe là un de ses plus beaux rôles. Un récit fort, intense, un morceau cruel d'Histoire saupoudré de magie rom, sans excès ni caricature, se jouant des clichés jusqu'à dépeindre les miliciens comme des salauds ordinaires, et restituant pourtant tout le décalage entre l'abomination de cette guerre et le monde mystique des tsiganes, attentif aux esprits et aux fantômes, qui ne peuvent s'empêcher d'ouvrir tous les robinets d'une maison pour libérer les esprits de l'eau… Un film qui respire l'authentique et pour cause. Tony Gatlif s'est souvenu de ceux, instituteurs et éducateurs, qui l'ont aidé dans sa jeunesse. Le réalisateur s'est aussi inspiré de l'histoire vraie d'un notaire qui vendit une maison au tsigane Tolloche et sa famille pour les sauver. Quant à mademoiselle Lundi, son vrai nom est Yvette Lundy. Résistante et déportée, elle était institutrice à Gionges dans la Marne. Liberté est sûrement le film le plus délicat, le plus contraignant entrepris par Tony Gatlif. Il peut en être très fier.
Frédéric Lelièvre
L'avis des hommes

Le sujet est aussi douloureux que difficile : raconter l'extermination des nomades par le pouvoir de Vichy et l'occupation allemande. Avec l'histoire de cette famille tsigane dans un petit village français, Tony Gatlif accomplit un authentique devoir de mémoire en rendant ses acteurs vivants, avec un sens poignant du symbole. Intense, juste, bouleversant, digne, un film important. F.L.Images
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