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L'orpheline avec en plus un bras en moins

Amoureuse d'un prestidigitateur au trouble passé, une orpheline est adoptée par un étrange juge à la retraite, fasciné par le bras manquant de la jeune fille… C'est à l'énergie et la persévérance de Jacques Richard que l'on doit de voir enfin réalisé l'ultime scénario auquel Topor ait travaillé. Forcément déglingué et parfaitement incorrect, le film compense ses petits moyens par une soif de liberté cinématographique comme on en ose plus. De l'ovni pur jus.

Éléonore est une belle jeune orpheline, impertinente et pleine de vie comme le sont les adolescentes de cet âge. Une pétillante demoiselle qui vit parfaitement ce bras qui lui manque, disparu dans un accident de voiture en même temps que ses parents. En accompagnant sa copine lors d'une escapade, elle fait la connaissance de Robinson. Magicien dans un club louche, « Le fétichiste », celui-ci n'a bientôt d'yeux que pour Éléonore. Un joli minois au corps étrange qui ne manque pas d'attirer aussi l'attention de Duraquet, le très peu recommandable directeur de cet établissement. Mais l'idylle entre la supposée innocente et le Houdini de bas étage n'est pas du goût du Juge London, qui suit l'éducation de la jeune fille avec une attention qui dépasse la simple tendresse. Collectionneur de pièces à conviction à la vie privée morne, il va jusqu'à proposer à la jeune fille de l'adopter pour enfin la sortir de cet orphelinat. Et des griffes si séduisantes de Robinson. À moins que le Juge ait une autre obsession en tête…

Il n'y a pas à dire. Ceux qui n'ont pas connu Topor ont loupé quelque chose. Ce drôle de bonhomme au rire tonitruant n'avait pas son pareil pour vous nicher la tendresse dans le malsain, dégoter l'étrange dans le conte, et oser le plus choquant dans le satin. L’œuvre de cet homme de plume, acteur, dessinateur et affichiste génial reste à être reconnue dans toute sa délirante ampleur. Les fainéants se borneront aux classiques pour faire connaissance : Merci Bernard, Palace et Téléchat pour le petit écran, l'incunable La planète sauvage, l'oublié, mais formidable La maladie de Hambourg et le lubrique et néanmoins stupéfiant Marquis pour le grand écran, et bien évidemment une collection d'excès savoureux tombant parfois sous le coup de la loi pour Hara Kiri et Charlie Hebdo au temps de leur gloire. A quoi il faut ajouter des romans, pièces et nouvelles d'un autre monde, du Locataire chimérique (inspiration de Polanski pour son Locataire) au coup de cœur maison, Mémoires d'un vieux con, miraculeusement réédité récemment chez Wombat. Ce préambule en forme de cirage de pompe assumé à un but : vous donner une irrépressible envie de filer voir cet objet filmique hors calibre, qui prend autant de soin à retrouver l'esprit de son auteur qu'à se moquer des habitudes commerciales…

Tout commence en queue de poisson. Jacques Richard, activiste bien connu d'un cinéma foncièrement indépendant, invite Topor à travailler sur l'histoire d'un collectionneur et d'un manchot. Topor en fait une manchote et la rigolade commence. L'humour noir et féroce que Topor pratique à haute dose le pousse à faire bien vite faux bond, 6 mois après avoir bouclé le scénario, pour prendre ses quartiers au cimetière du Montparnasse. Le projet était délicat avec Topor, c'est encore pire sans lui : personne n'en veut. Acharné, Jacques Richard va batailler 14 ans pour faire aboutir leur projet commun, réunissant le minimum de moyen qui lui permettra de produire lui-même le film. Qui est à la hauteur de son formidable titre. C'est brindezingue à souhait, taquinant l'horreur et le pervers avec cette liberté jubilatoire si rare. L'image n'est pas apprêtée, mais les heurts du rythme nous embringuent dans une histoire qui se régale de grand guignol et de personnages drolatiques. Coté acteur on retrouve un fidèle de Topor, Pasquale d'Inca, que d'aucuns connaissent plus pour sa belle carrière musicale, ainsi que des tronches indispensables pour cette partition : Jean-Claude Dreyfus et Dominique Pinon. Surprenant et épatant, Melvil Poupaud crée un Robinson hors du temps, donnant la réplique à une belle découverte, Noémie Merlant. Iconoclaste et allergique au formatage, ce polar surréaliste taquinant la comédie macabre nous rappelle miraculeusement que le cinéma, c'est aussi cela. Topor, même pas mort.
Frédéric Lelièvre

L'avis de CpourlesHommes.com

Guère commercial, mais fidèle à l'esprit de Topor, ce film très indépendant fleure bon le tournage à petit moyen et l'engagement d'acteurs qui s'amusent. Le tout fait souffler sur une histoire comme seul Topor pouvait en inventer un vent de liberté qu'on ne ressent plus qu'à d'exceptionnelles occasions dans nos salles. Comme celle-ci donc. Amateurs de décalage et de Topor, rendez-vous vous est donné ! F.L.

INFOS :
Drame
Réalisé par Jacques Richard
Avec Dominique Pinon, Melvil Poupaud, Noémie Merlant…
Durée : 1h37

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L'orpheline avec en plus un bras en moins