On a pu remarquer l'impeccable plastique de Malin Ackerman dans des comédies comme Les femmes de ses rêves ou 27 robes. La carrière de Patrick Wilson est déjà riche d'expériences très diverses, sur scène comme à l'écran. Dans Watchmen, ils forment un couple d'amants touchant de vérité…Fred Lelièvre: Vous connaissiez vos personnages avant qu'on ne vous les propose ?
Patrick Wilson : Du tout, je ne suis pas très comics. J'ai reçu le scénario, un ami ma dit que le rôle était important, le scénario m'a intéressé, alors j'ai reçu le roman graphique et… le voyage a commencé !
Malin Akerman : Je n'y connaissais rien, je n'avais pour ainsi dire jamais ouvert de comics. Mon premier contact a été le scénario, après j'ai reçu le livre, et là… je crois que toute personne lisant Watchmen devient automatiquement un "geek" ! Pas une fan de tous les comics, mais des Watchmen.
P.W. : Nous avons maintenant beaucoup de respect pour les vrais "geek" accros de comics. Nous, nous sommes juste des "Watchmen geek" !
F.L. : Être la seule femme dans un monde aussi macho, est-ce une situation confortable ?
M.A. : Très ! J'ai adoré cela. C'est même ce qui m'a motivé ! Et puis d'habitude, on a le rôle de la petite amie, de la femme, de la copine. Là, je devais concilier tous ses rôle féminins, amantes et amies, et en plus être une héroïne qui sait se faire respecter, ainsi que la touche féminine du film ! C'est exceptionnel, et une formidable expérience.
F.L. : Votre personnage hérite de sa mère son rôle de justicière. Croyez-vous qu'elle ait choisi sa vie ?
M.A. : Non. Et c'est très crédible. Dans la vie, des parents poussent leurs enfants à reprendre le flambeau familial, il y a des générations d'avocats, de médecins… Laurie n'a pas vraiment le choix. Elle n'a pas choisi sa vie, et l'histoire commence au moment où elle se libère de tout cela. Le moment charnière où elle doit décider de ce qu'elle veut vraiment, de qui elle est. C'est aussi ce qui fait que c'est un rôle magnifique. J'ai adoré être Laurel.
F.L. : Jeffrey Dean Morgan nous a parlé du difficile entraînement physique…
P.W. : Il a fallu maigrir un peu, gagner des muscles, soulever pas mal de fonte, mais aussi s'initier aux art martiaux. C'était difficile !
M.A. : Mais émotionnellement, cela a été formidable. Nous avons pu nous retrouver, nous rencontrer avant de pouvoir incarner un groupe d'individus qui se connaît parfaitement. Les acteurs de la série Friends ont profité de conditions comparables. C'est un énorme avantage de pouvoir faire connaissance, de parler de tout et de rien, de construire une relation 4 mois avant de commencer le tournage. Et puis nous avions à notre disposition beaucoup de documents, de visuels. D'habitude, vous devez construire votre psyché seule. C'est une opportunité rare et une expérience unique.
F.L. : Pour votre personnage du Hibou, vous avez été séduit plus son côté super-héros, ou pour son humanité, sa fragilité ?
P.W. : Avec un personnage comme Dan Dreiberg / Le Hibou vous dépassez le côté bizarre, cinglé de ces gars habillés avec de curieux costumes. Dan a grandi dans la réalité, a voulu devenir un justicier, et son identité devient dépendante de son costume. J'ai beaucoup cette approche très humaine, qui appelle à réfléchir sur ce qu'est un homme, et sans jamais apporter de réponse claire. C'est une démarche que je n'ai jamais vu dans aucun autre film ! Et cela fonctionne parce que vous désirez vraiment qu'ils réussissent, qu'ils soient ensemble, qu'ils parviennent à s'aimer… C'est si formidable de devoir travailler avec toute cette gamme d'émotion dans un film d'action, de genre. C'est probablement une occasion unique !
F.L. : Savez-vous pourquoi Zack Snyder vous a choisi pour vos rôles respectifs ?
P.W. : Je sais qu'il a été très vite de mon coté. Je pense qu'après mon personnage dans le film Little Children, il savait que je pouvais interpréter un personnage avec un sentiment de manque, sans pour autant être un looser. Je crois que Little Children a été une belle cassette d'audition !
M.A. : Les auditions sont vite devenues chaleureuses, agréables. Zack est si génial… finalement je ne sais pas ! Je sais qu'il a auditionné 200 actrices pour le rôle, donc je suis simplement très heureuse qu'il m'ait choisi, même si je ne sais pas trop pourquoi… Il m'a juste dit une fois qu'il savait que je pouvais jouer la vulnérabilité tout en gardant une flamme dans les yeux !
F.L. : Vous saviez que le film marquerait moins pour ses combats que pour la personnalité de ses personnages ?
P.W. : Dès les auditions. J'ai auditionné pour plusieurs films de super héros ces 4 ou 5 dernières années; Et ce film était de toute évidence le seul où le parcours du personnage prime sur l'action. D'habitude, dans ce genre que j'adore, c'est très simple : il y a le gentil, le méchant, et chacun sait tout de suite ce qu'il reste à faire ! Là, c'est très différent. Toi t'es plutôt gentil, toi t'es plutôt méchant encore que, euh, et toi t'es quoi ? Et en plus de cela, tu sais que tu es embarqué dans une grande intrigue. Alors dès le début nous savions tous que c'était un "characters driven movie", un film à personnages. Ce qui n'arrive pas si souvent !
M.A. : Et puis c'est si rare d'aborder autant de thèmes, d'explorer tellement de domaines : politique, théorie de la conspiration, histoire d'amour… C'est incroyable.
F.L.: Comment voyez-vous le public de Watchmen ?
P.W. : D'habitude, c'est un public très particulier, les fans de comics sont très passionnés. Et peu de gens connaissent les Watchmen, du moins pas tant que ça ! C'est très excitant d'ouvrir ce monde à de nouveaux fans. Les plus beaux compliments du film vont en ce sens. Nous l'avons tous vu avec des parents, moi avec ma femme, Carla Gugino avec son père… Un public qui ne connaît pas le comics ou ne l'aime pas de prime abord. Et leurs réactions sont toujours du genre "je n'ai jamais rien vu de pareil". Ça c'est formidable !
M.A. : C'est tellement bon de faire partie de ceux qui présentent un pareil projet au monde ! C'est si différent. Ce genre de film est toujours associé à un public adolescent, et cette fois, c'est tellement adulte !
P.W. : Je ne m'y connais pas trop, mais j'ai le sentiment qu'après Watchmen, c'est tout le comics qui a évolué. Après, plus rien n'a été pareil ! Watchmen est cité en référence pour qualifier un programme ou une série novatrice. C'est réellement une autre perspective, un autre aperçu sur l'humanité, la qualité humaine.
M.A. : Ce genre cinématographique a pris une importance énorme. Il faut voir le nombre de stars de cinéma que l'on croise dans les allées du Comicon (NDLR : le grand salon américain du Comics) ! C'est aussi un signe qu'Hollywood évolue, se rapproche peu à peu des productions étrangères ou indépendantes. Des films moins formatés, moins prudes. Watchmen donnera peut-être aux autres l'envie d'aller plus loin…
On pourra retrouver Malin Akerman dans la comédie The Proposal, et en vedette dans Couples Retreat. Ensuite, elle retrouvera peut-être Carla Gugino dans Elektro Luxx. Quant à Patrick Wilson, il incarnera le premier rôle de la comédie Barry Munday.
Frédéric Lelièvre
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