Science-FictionRéalisé par Zack Snyder
Avec Billy Crudup, Malin Akerman, Jeffrey Dean Morgan et Jackie Earl Haley
A partir de 12 ans
Site Internet : www.watchmen.fr
Interdit par la loi, les super-héros ont pratiquement tous raccroché. Le meurtre de l'un d'entre eux va pousser ses anciens acolytes à sortir de leur retraite… Après 300, Snyder ose l'adaptation du pavé le plus culte du comics. Et gagne son défi sans trahir l'œuvre. Puissant, noir, iconoclaste et parfaitement fascinant, Watchmen est une réussite.
A la télévision, un débat creux commente l'horloge de l'apocalypse qui évalue le risque d'agression entre l'est et l'ouest. L'horloge indique 5 minutes avant le désastre d'une guerre. Nixon lui fête son cinquième mandat de président des Etats-Unis. Et devant sa télé, Edward Blake regarde le spectacle. Quand un inconnu fait irruption et, en dépit de sa résistance, le balance dans le vide. Mais Edward Blake n'était pas n'importe qui. Sous le nom du Comédien, il fut l'un des piliers des Minutemen, équipe de super-héros formée en 1939, puis de celle formée en 1970. Il fut aussi un homme de main de choix du gouvernement américain, avant de le devenir officiellement. Un autre justicier masqué, l'inquiétant Rorschach, voit en cette mort bien plus qu'une simple agression. Et en vient à la conclusion que quelqu'un pourrait traquer ceux qui étaient des justiciers masqués, pour les éliminer un à un…
Il faut saluer autant l'audace que la passion de Zack Snyder. Révélé par le remake réussi de l'Armée des morts, il est propulsé réalisateur surdoué pour son spectaculaire 300, adaptation furieuse d'un roman graphique se prêtant pourtant peu à cet exercice. Il enchaîne à présent avec une autre adaptation de BD, et ose s'attaquer à l'œuvre culte qui bouleversa voici 20 ans la planète graphique et l'univers fantastique : Watchmen de Gibbon et Moore. Pour sa complexité, sa noirceur, son intensité, sa portée politique, la psychologie fouillée de ses personnages, l'ensemble des 12 épisodes de Watchmen avait simultanément remporté une place de choix parmi les œuvres littéraires de langue anglaise, et la réputation d'être simplement inadaptable. Snyder parvient l'exploit de synthétiser cet univers sans le trahir, grâce à une mise en image qui a séduit les auteurs du comics eux-même. Scènes au ralentis hypnotiques, images léchées à souhait, Snyder se joue des époques dans cette uchronie étonnante, partageant avec l'auteur du comics une évidente tendresse pour ces "super-héros" parfois désuets, désormais condamné à la réalité. Fort de sa technique, il met en avant un casting de formidables acteurs. Le résultat force le respect, que l'on soit fan de comics ou pas.
L'un piochant allègrement dans les réserves insondables de l'autre, ciné et BD ne se sont jamais aussi bien entendu. Après Spiderman, Iron Man et Hulk qui sortirent les super-héros de leurs caricatures, le septième art parvient à se nourrir des audaces des plus formidables auteurs du roman graphique. Sin City, 300 et V pour Vendetta ont ouvert cette voix. Avec Watchmen, Zack Snyder impose cet idéal avec une exigence décuplée. Signe déterminant, action et effets spéciaux, aussi spectaculaires qu'ils soient, sont résolument au service de l'intrigue et de l'humanité de ses personnages. En dépit de ses 8 mètres de haut, si le luisant Dr Manhattan fascine, c'est bien pour son cheminement philosophique. Sans pitié, torturé, détesté, Rorschach est un fantastique justicier, mais c'est sa fragilité qui nous touche. Même Le Comédien, abominable salopard responsable de crimes atroces qui porte sur ses épaules les pires erreurs de son pays, même lui nous est sympathique en dépit de tout. Watchmen est un grand spectacle, une mise en forme convaincante du mythe renouvelé des super-héros, qui saisit une grande part de la richesse du comics culte. Reste à savoir si le cinéma fantastique sera bouleversé par le film Watchmen comme le comics Watchmen a marqué le roman graphique à tout jamais…
Frédéric Lelièvre
L'avis des hommes

C'est la fin du super-héros lisse et niais ! L'enterrement en grande pompe du manichéisme et des illusions de justice facile. Profondément humains, nos héros masqués sont marqués par les doutes et le temps qui passe, même si ce présent là est réinventé. Un grand film de science-fiction aux images parfaitement maîtrisées, qui donne autant à voir qu'à réfléchir. Et une belle invitation à découvrir le comics culte dont il s'inspire avant tant de respect. F.L.











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