Drame
Réalisé par Nicolas Winding Refn
Avec Tom Hardy, Matt King, Kelly Adams, Katy Baker…
Édité par Wild Side
Env. 19€99
Comment Michael Peterson est devenu Charles Bronson, le détenu le plus dangereux et le plus célèbre de Grande Bretagne. C'est par un monologue intérieur que l'excellent Nicolas Winding Refn s'efforce d'esquisser l'impossible portrait de cet asocial hors-norme. Le résultat est un film choc, théâtral et fascinant.
Michael Peterson naît dans une famille tout à fait normale, et connaît une enfance classique, même si dès le collège, il prend l'habitude de régler les problèmes à coup de poing. Caressant des rêves de célébrité, il ne se connaît aucune qualité particulière qui lui permettrait d'atteindre cet idéal. La révélation va lui venir après son premier exploit de bandit : un braquage lamentable qui lui rapporte 26 livres et 7 années de prison. Derrière les barreaux, il se révèle. Incontrôlable et violent, il se fait vite une réputation à force de s'attaquer à ses gardiens et ses co-détenus. Il se forge un corps à la mesure de ses ambitions, prend la tête d'émeutes, résiste à toutes les prisons de haute-sécurité, les centres psychiatriques surveillés, et devient un véritable cauchemar pour le système pénitentiaire britannique. Avec 35 années de prison dont 31 en isolement, celui qui s'est rebaptisé Charles Bronson devient enfin célèbre, comme le détenu le plus dangereux et le plus charismatique du pays, sans avoir jamais tué personne…
Avant d'être reconnu comme "star médiatique populaire", puis écrivain et artiste, Bronson s'est accompli dans la rébellion systématique, l'insoumission et la violence. Difficile de faire le portrait d'un homme pareil sans tomber dans la glorification de la violence, et sans faire de ce taulard par vocation une icône populaire pour de mauvaises raisons. En sortant du cadre classique du biopic, en refusant de répéter passivement les étapes d'une vie pathétique, le réalisateur Nicolas Winding Refn, réputé pour la violence de sa trilogie Pusher, tente de voir le monde par les yeux de Michael Peterson. Et plutôt que d'interpréter un personnage, essaie de cerner ses motivations, ses raisonnements, quitte à recourir au plus théâtral des monologues, mis en forme par des images d'une beauté étonnante. Sans nier la violence, l'atrocité de certaines situations, mais en ajoutant à la dérision une réelle dose d'humour, Refn parvient à nous faire entrer dans la tête de ce type hors-norme, hors convention, hors tout, s'évertuant à atteindre une hypothétique célébrité. Reflet déformé et monstrueux de notre société, Bronson est l'incarnation de notre côté obscur, pur, terrifiant, et sans issue. Car personne ne peut vraiment dire qui est Bronson. Toute cette folle entreprise n'aurait été possible sans une performance hors-norme, celle de Tom Hardy, méconnaissable et hallucinant en Charles Bronson.
Le film est étayé par trois bonus solides. L'entretien avec le réalisateur est bel et bien une confession, le terme n'est pas usurpé. Racontant sa carrière, son approche d'un film qui était avant tout un véritable test pour sa prochaine réalisation, très ambitieuse, Nicolas Winding Refn explique comment ce tournage fut pour lui une véritable thérapie, un exorcisme de sa propre violence. Un sujet lucide et riche en réflexions à considérer. L'entretien avec l'acteur Tom Hardy est aussi intéressant. Troublant tant le personnage est encore présent en lui, l'acteur raconte à merveille sa rencontre avec Bronson, et le travail qu'il a accompli pour parvenir à sa performance. Une belle leçon sur le métier d'acteur. Le troisième bonus est le plus troublant : pendant 20 minutes, Bronson en personne se confie, sans haine, au long de quatre monologues illustrés des photos du film, racontant son point de vue. Ses paroles ont quelque chose d'hallucinant, de touchant, de révélateur parfois; sans jamais l'expliquer vraiment. Il trouve cependant souvent les mots justes lorsqu'il se décrit comme un "otage de son propre passé", qui tout en refusant de s'apitoyer sur son passé et ses choix, en ressent le poids puisqu'il se déclare enfin en paix, prêt à sortir enfin de prison après avoir renoncé à la violence grâce à l'art. Les bonus comprennent aussi le commentaire audio du réalisateur, rigoureux, et l'impressionnante bande annonce de son prochain "monstre": Valhala Rising…
Objet filmique racé et perturbant, Bronson parvient à présenter la destinée de ce personnage hors-norme sans sombrer dans une glorification imbécile, ce qui est déjà une prouesse. Épreuve pour les uns, révélation pour les autres, ce film est aussi un brûlot déviant sur notre culte de la célébrité, notre société. Une vraie claque donc, à ne pas mettre devant tous les yeux, mais d'une force spectaculaire.
L'avis des hommes

Bronson n'est pas un héros, un modèle ou même un artiste. C'est ce qu'il incarne qui fascine autant, et terrifie aussi. Le film parvient à mettre en image ce portrait décalé, de façon outrancière et très audacieuse. Grâce à l'interprétation impressionnante de Tom Hardy, le personnage nous est sympathique sans jamais nier sa violence ou ses choix aberrants. Un film violent, puissant, et une vraie réflexion sur la nature humaine et le culte de la célébrité. F.L.Images & Vidéos
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